POrtrait des auteurs d’ici : Entrevue avec Maxime Pearson, coauteur de Dans ma tête et de Papa, lève-toi!

Quel son émettrait une hirondelle d’oignon? La créativité des lecteurs est stimulée par l’univers de Dans ma tête, un livre de 32 pages paru en 2021 qui donne vie aux mots inventés par les enfants, grâce au talent des auteurs, Maxime Pearson et Samuel Tremblay. Depuis 2018, ces amis d’enfance explorent le thème de la famille et célèbrent l’engagement paternel sur le Web et dans les médias. S’ils sont bien connus pour l’humour dont ils font preuve, la mission derrière leur entreprise, elle, ne manque pas de sérieux. En 2023, les comparses renchérissent avec Papa, lève-toi!, édité chez Saint-Jean, qui aborde en profondeur divers sujets liés à la paternité.
À l’occasion de la journée spéciale « Le 12 août, j’achète un livre québécois! », j’ai eu la chance de m’entretenir avec Maxime Pearson, qui me parle du parcours qui les a menés, Samuel et lui, à la publication de ces deux livres d’apparence opposée, mais à la mission ancrée dans la même réalité.
En guise d’introduction, peux-tu me parler de Nouveaux Pères, puisque c’est là que tout a commencé?
Notre amitié, à Sam et moi, remonte à l’enfance. Quand, lors d’un souper avec nos blondes respectives, nous nous sommes annoncé mutuellement l’arrivée de nos premiers enfants, nous étions contents de vivre ensemble cette étape de nos vies. En avançant dans le processus, cependant, nous avons fait un triste constat : peu de pères s’exprimaient sur leur expérience. Pire : peu d’information existait pour les pères en devenir, qui étaient constamment relégués au deuxième rang comme parent.
Moi, j’ai toujours voulu une famille. J’étais excité à l’idée de devenir papa. Mais dans le discours ambiant, on en parle comme d’un deuil au lieu d’une transition. C’était aussi le cas pour Sam. Nous nous sommes donnés comme mission de changer ça.
Sam et moi partageons des passions communes, dont la rédaction et la création. Nous avons d’abord lancé un blogue et une page Facebook pour aborder la parentalité avec humour et positivité, tout en faisant circuler de l’information véridique, fiable. En quelques semaines à peine, nous avons pu voir l’engouement que ça engendrait; plusieurs milliers de personnes s’étaient déjà jointes à cette communauté, des papas comme des mamans.
Ça a soulevé un intérêt de la part des médias traditionnels. Nous sommes devenus très rapidement des ambassadeurs de la paternité. L’expérience était surréaliste et ça a ouvert la porte pour tous les projets qui ont suivi. Parmi mes préférés, de nombreuses capsules vidéos s’adressant aux pères, qui sont utilisés aujourd’hui dans les centres pour les familles, là où rien n’était fait spécialement pour eux auparavant.
À partir de quand est née l’idée de publier un premier livre?
Nouveaux Pères était sur les rails depuis quelques années et notre mission était bien établie. À l’époque, nos enfants apprenaient à parler; ça donnait lieu à des moments inoubliables. Les mots d’enfants sont un véhicule de créativité extraordinaire, et Sam et moi avons une grande volonté de nous mettre en action pour réaliser nos idées. Nous avons décidé de valoriser l’engagement paternel en mettant en valeur l’un des plus beaux moments pour nous, les parents; lire une histoire collés avec nos enfants. C’est ce qui nous a poussés à écrire Dans ma tête.
Ce livre est autoproduit. Quelles ont été les étapes de ce parcours?
Ça demande une fibre entrepreneuriale chez les auteurs qui choisissent l’autoédition. D’abord, il faut s’informer sur chacune des étapes qui seraient normalement entreprises par une maison d’édition, puis trouver des ressources ou des façons de les faire soi-même. Il faut concevoir un budget pour que le projet soit viable. Nous avons préparé le montage financier pour une campagne de sociofinancement et l’avons présenté à La Ruche, qui a accepté notre projet. Lors de la production initiale, nous avons validé la qualité à chaque étape, puis nous nous sommes attaqués à la marchandisation. Nous avons connu un beau succès, tout bien considéré; autour de 2000 exemplaires de notre livre circulent présentement.
Papa, lève-toi!, édité chez Saint-Jean, est radicalement différent. Comment en êtes-vous arrivés à écrire ce deuxième livre?
La maison d’édition nous a contactés, notamment à cause des capsules que nous produisions sur notre expérience de la paternité. On y injectait toute l’information vérifiable qu’un futur ou nouveau papa rêve d’avoir sur divers thèmes liés à la parentalité. L’éditeur voyait le potentiel d’en faire un livre « par et pour les pères ». Ironiquement, au début, nous avons refusé. C’était une période très occupée; Sam et moi avions chacun deux enfants en bas âge et j’organisais mon mariage. L’éditeur a renchéri par une rencontre avec Pierre-Yves McSween, qui est l’un de leurs investisseurs, pour nous convaincre. Qui pourrait lui dire non? En plus, ça servait parfaitement notre mission initiale, diffuser de l’information fiable aux pères québécois. Nous nous sommes mis au travail. La rédaction de ce livre a été l’un des projets les plus énergivores sur lesquels j’ai travaillé. Même si nous avions déjà les expériences et les connaissances qui avaient servi pour nos capsules vidéos, il a fallu des centaines d’heures de recherche pour bien maîtriser tous les sujets à aborder.
Vous avez aussi enregistré le livre en format audio pour Radio-Canada Ohdio. Comment c’est arrivé?
Là encore, nous avons été contactés par quelqu’un qui croyait au projet, cette fois chez Radio-Canada. L’idée, c’était d’aller chercher encore plus de parents, qui n’ont pas toujours les ressources ou le temps de lire un livre, mais qui peuvent en écouter un, pendant les déplacements en voiture ou en faisant les tâches ménagères, par exemple. Nous avons retravaillé les textes pour les adapter au format audio et les avons bonifiés avec des interventions par nos conjointes et nos enfants. L’enregistrement lui-même s’est fait en 3 jours dans les studios à Québec.
Écrire à deux, est-ce que ça a été un défi?
Ça a été un grand défi, mais aussi la clé de notre réussite. Sam a une plume exceptionnelle et je sais que je peux me fier à lui à 100 %. Nous nous sommes séparé la tâche, les thèmes, la recherche, et chacun a signé ses chapitres. Ça a été une chance énorme; nous avons pu comparer nos points de vue et nos expériences personnelles pour arriver à un meilleur résultat.
Est-ce que le fait d’être en région a eu une incidence sur votre succès?
Depuis le premier jour, je considère que c’est une chance de vivre tout ça ici. Le milieu nous offre tout son soutien et tire une grande fierté de ce que nous accomplissons. Les médias d’ici font la couverture des événements et nous offrent un rayonnement extraordinaire. Le noyau fort de notre communauté est en région; les gens nous connaissent, les organismes et les entreprises nous appellent pour donner des conférences et des ateliers. Notre message continue de circuler grâce à tout ce beau monde.
Quelles ont été les retombées de l’écriture de ces livres?
Il y a un parallèle à faire avec la réalité entrepreneuriale. Dans les deux cas, on bâtit un projet à la fois, un pas à la fois. Chaque étape pose les bases pour ce qui s’en vient. Ces livres s’inscrivent dans cette continuité. Nous sommes devenus une référence sur la parentalité positive, surtout pour les papas qui veulent s’engager. Les livres nous ont fait connaître sur une échelle nationale, ce qui a donné lieu à toutes sortes de belles occasions de porter notre mission plus loin. À l’automne paraîtront nos nouvelles capsules d’information présentées en partenariat avec la Fédération Nourri-source sur le rôle du père lors de la grossesse, pendant l’allaitement, etc. Ce sont des sujets que nous avons étudiés lors de la rédaction de notre deuxième livre, sans lequel nous n’aurions pas l’expertise pour nous exprimer. Nous ne connaissons pas encore toutes les ramifications de ces projets. L’avenir nous réserve des surprises, dans notre rôle de porte-parole comme dans celui de parent.


